Les «modes» alimentaires sont-elles recommandées pour les personnes atteintes de maladies rénales ?

Soumis par Fiona Bellefeuille, Diététicienne rénale

Vous avez fort probablement entendu parler des dernières tendances en matière de diététique ­– notamment du jeûne intermittent, des régimes à base de végétaux, méditerranéen, Keto ou DASH.  Peut-être vous demandez-vous s’il est prudent d’en essayer un. L’innocuité des régimes à la mode repose généralement sur des essais réalisés auprès de personnes en surpoids, diabétiques ou souffrant de maladies cardiaques. Toutefois, très peu d’entre eux ont fait l’objet de tests auprès de personnes souffrant de maladies rénales.

Intéressons-nous plus en détail à certaines de ces tendances en alimentation pour voir si elles sont sans danger et… bénéfiques.

Régime cétogène

Ce régime alimentaire souvent appelé “Keto” existe depuis fort longtemps. Utilisé à l’origine pour traiter efficacement l’épilepsie, il est aujourd’hui très populaire pour favoriser la perte de poids.   Son principe est de limiter les glucides que notre organisme utilise habituellement comme source d’énergie.  Si l’on réduit la quantité de glucides, notre corps décompose les réserves de graisse pour produire des corps cétoniques qu’il utilisera comme source d’énergie. Le régime cétogène classique est très riche en graisses, pauvre en glucides et modéré en protéines. 

Les bienfaits de cette approche sont notamment :

  • Réduction efficace des crises d’épilepsie.
  • Potentielle amélioration de certains facteurs de risques cardiovasculaires (p. ex. diminution du taux de triglycérides).
  • Meilleur contrôle glycémique
  • Perte de poids ((causée surtout par la perte de liquide).

Certains des risques associés sont :

  • Carences nutritionnelles attribuables à une faible ingestion de fruits, de légumes et de céréales.
  • Constipation causée par un faible apport en fibres alimentaires.
  • Problèmes hépatiques, car le foie est très sollicité pour décomposer les graisses et en tirer de l’énergie.
  • Risques accrus d’une hausse du LDL (mauvais cholestérol) et de pathologies cardiaques, selon les sources de gras choisies.
  • Fatigue rénale si la consommation de protéines est supérieure à la normale.
  • Calculs rénaux.
  • Tension artérielle basse.
  • Impact négatif sur le microbiome.
  • Grippe cétogène (grippe Keto) dont les symptômes sont : nausées, vomissements, maux de tête, fatigue et vertiges.
  • Hypoglycémie pour les personnes diabétiques traitées aux hypo-glycémiants et/ou à l’insuline.
  • Taux de potassium sanguin élevé – provoqué par une forte consommation d’aliments riches en potassium : avocat, noix de coco et noix.

On le voit, cette longue liste de risques dépasse celle des bienfaits. La plupart des études portant sur les effets du régime cétogène ont été menées à court terme. À long terme, les effets de ce régime sont encore inconnus. Pour la santé à long terme, le régime cétogène n’est pas recommandé, car sa forte teneur en graisses peut augmenter le risque de maladies cardiaques. Les études réalisées pour comparer la perte de poids des personnes suivant un régime cétogène à celle des personnes qui suivaient un régime hypocalorique montrent que la perte de poids est la même au bout d’un an.

On dispose de certaines données préliminaires concernant le régime cétogène et la maladie polykystique rénale. Des études sur des animaux ont montré que l’adoption du régime Keto ralentissait la croissance des kystes. D’autres études sur l’homme sont cependant nécessaires avant de recommander ce régime aux personnes atteintes de PKD.

Jeune intermittent

Il s’agit d’un régime dans lequel on limite l’ingestion d’aliments à une période raccourcie de la journée suivie d’une assez longue période de jeûne. On mange, p. ex., entre 11 h et 18 h — puis on jeûne de 18 h à 11 h de l’autre matin. Il existe divers types de jeûnes intermittents (IF) : jeûne d’un jour sur deux, jeûne modifié, ou jeûne à durée limitée. 

Les bienfaits à tirer du jeune intermittent incluent :

  • Perte de poids due à une plus faible consommation de nourriture.
  • Amélioration de la glycémie.

Les risques associés au régime de jeunes intermittents incluent :   

  • Hypoglycémie (pour les personnes diabétiques), surtout avec prise de médicaments contre le diabète ou insuline.
  • Carences nutritionnelles dues aux repas sautés.
  • Étourdissements, vertiges, sautes d’humeur et fatigue.
  • Reprise de poids à l’arrêt du jeûne intermittent.

Le bilan systématique de 40 études a révélé que le jeûne intermittent (IF) est efficace pour favoriser la perte de poids. Toutefois, d’autres études ont conclu que ce type de régime n’est pas plus efficace pour favoriser la perte de poids que les régimes hypocaloriques. Les recherches sont encore insuffisantes, et la plupart ont été réalisées sur des modèles animaux. Des études de faible envergure ont donné des résultats peu concluants quant à la capacité du jeûne intermittent à ralentir la progression des maladies rénales. Certaines études ont montré que le jeûne intermittent augmentait le taux de filtration glomérulaire (TFG), tandis que d’autres ont montré qu’il le diminuait.

Régimes à base de végétaux

Un régime à base de végétaux (PBD) consiste à manger principalement des fruits, des légumes, des céréales complètes, des légumineuses, des légumes secs, des noix et des huiles saines, tout en limitant l’ingestion d’aliments d’origine animale : produits laitiers, œufs, viande, volaille et poisson. En règle générale, ce type de régime quasi-végétarien implique de préparer ses repas de A à Z et d’éviter les aliments transformés, les céréales raffinées et les boissons sucrées. 

Bienfaits des régimes semi-végétariens :

  • Diminution de l’acidité de l’organisme, ce qui réduit la pression sur les reins.
  • Ralentissement de la progression des maladies rénales liées à la diminution de l’acidité.
  • Prévention de l’apparition de maladies rénales.
  • Diminution des inflammations grâce aux antioxydants et à une teneur accrue en fibres.
  • Diminution de la pression sanguine.
  • Longévité accrue.    
  • Diminution de la constipation grâce à une ingestion accrue de fibres.
  • Diminution du taux de phosphore dans le sang.

Effets plus négatifs des régimes alimentaires à base de végétaux :

  • Hausse élevée des taux de potassium dans le sang en raison d’une ingestion plus grande d’aliments riches en potassium.
  • Augmentation du risque d’anémie ferriprive
  • Pour les personnes en dialyse, difficulté à consommer suffisamment de protéines.

Les régimes à base de végétaux les plus couramment étudiés incluent la diète méditerranéenne et le régime DASH.

Le régime méditerranéen est un mode d’alimentation adopté par de nombreux habitants des pays qui entourent la Méditerranée. Ce régime a régulièrement montré des effets bénéfiques sur les maladies cardiaques, le diabète et la longévité. Riche en poisson, en fruits, en légumes, en céréales non raffinées, en légumineuses, en noix et en huile d’olive, il est plus pauvre en protéines et en produits laitiers que le régime nord-américain typique. La consommation de viande rouge et d’aliments transformés est réduite au minimum. Une plus faible ingestion de protéines et l’augmentation de la consommation de fruits et de légumes réduisent l’acidité de l’organisme et, par conséquent, la pression exercée sur les reins. On a montré que la teneur plus élevée en fibres et en antioxydants de ce régime réduit les inflammations et diminue les risques de mortalité. Des études montrent que le régime méditerranéen peut à la fois prévenir les maladies rénales et ralentir leur progression chez des personnes atteintes. Dans une étude, on apprend que les personnes qui suivaient un régime méditerranéen après une transplantation rénale obtenaient de meilleurs résultats en matière de fonction rénale.

Riche en fruits, en légumes, en produits laitiers allégés, en céréales complètes, en poisson, en volaille et en noix, le régime DASH limite les aliments malsains riches en sodium (sel) et en sucre, la consommation de viande rouge et de gras malsains. Ce régime a d’abord été étudié en vue d’abaisser la pression artérielle, mais des travaux ultérieurs ont montré qu’il pouvait également améliorer la résistance à l’insuline, diminuer le taux de mauvais cholestérol et favoriser la perte de poids. Il a par ailleurs été prouvé que le régime DASH diminue le risque de développer une maladie rénale, ralentit la progression de cette maladie et réduit la formation de calculs rénaux.

En matière de nutrition, chaque personne a des besoins uniques et individuels.  Aucun régime ou mode d’alimentation ne peut être recommandé à tous les patients atteints d’une maladie rénale. Lorsqu’on modifie ses habitudes alimentaires, il est important d’adopter des changements sains que l’on peut pérenniser.

Nous vous encourageons à consulter votre médecin et diététicien.ne agréé.e avant de modifier votre façon de vous alimenter. Ils pourront vous aider à le faire de manière sûre et saine.

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